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Accoucher prématurément

Accoucher prématurément.

Sabrina, raconte:

Accoucher prématurément de son premier enfant.

Quoi de plus merveilleux que d’attendre son premier enfant ?

Cette bonne nouvelle, que l’on est si heureuse, si fière de rapporter aux proches, aux amis, ce petit être qui grandit en nous, que l’on aime déjà. Le plus rapidement possible, le premier rendez-vous est pris chez le gynécologue-obstétricien afin de connaitre cette date tant attendue : celle de la rencontre d’une vie, entre une maman et son enfant.

Les mois passent, mais les choses ne se passent pas toujours comme prévues.

C’est étrange, jamais auparavant je n’avais entendu parler de complications liées à la grossesse, je pensais que naturellement, un bébé restait au chaud, couvé par sa maman durant 9 mois avant de pointer le bout de son nez. Les 3 premiers mois passés, le risque de fausse couche à diminué, je pensais être soulagée.

Petit à petit, l’hypertension commençait à nous inquiéter. Peut-être est-ce le stress de la visite chez le médecin ? Peut-être l’excitation de voir mon bébé dans ce petit écran ? Dans tous les cas, une décision devait être prise, le gynécologue opta pour un traitement médicamenteux. S’ensuit les gonflements des pieds, des mains, plus aucune paires de chaussures ne m’allait, je ne savais même plus mettre mon alliance.

Le ventre s’arrondit, la visite de la première échographie morphologique arrivée et, la nouvelle tombe : le bébé ne grandit pas correctement et il semblerait que les artères qui nourrissent bébé ne travaillent pas correctement. Rien ne va plus, les mots du médecin résonnent dans ma tête, j’ai peur de perdre mon bébé, que se passe t’il? Comment te sens-tu ? Que faire ? Que va-t-il nous arriver ?

Rien n’y fait, la tension ne diminue pas, chaque visite est un stress, les larmes ont remplacées mon sourire, la peur à remplacer ma joie, je n’arrive même plus à aimer ce moment, si court, si rapide ou je te vois quelques minutes.

Vas-tu tenir le coup mon bébé ? Pourquoi je ne peux rien faire pour t’aider ? Est-ce de ma faute ?

Tant de question pour une nouvelle maman, perdue, qui ne connait encore rien de cette future vie qui l’attend.

Les visites chez le médecin sont de plus en plus rapprochées, il faut impérativement te surveiller, voir comment tu évolues, comment j’évolue. Poids, taille, on mesure et estime et on attend, on espère.

Dès que je ne te sens plus, je panique, à la moindre crainte je fonce aux urgences. De plus en plus difficile de marcher, j’ai mal. Mais tu t’accroches, tu es là, si petit et pourtant si fort. Jusqu’à ce 11 novembre 2008, cette nuit ou je me tordais de douleur, j’avais mal au ventre, je ne voulais pas encore me rendre aux urgences, qu’allait-on encore penser si j’y allais pour une fausse alerte ?

Je patientais, mais la douleur persistait, je ne pouvais plus attendre, direction le service des urgences gynécologiques de la maternité Saint Vincent.

Je me souviens de cette nuit, comme si c’était hier, elle est dans ma mémoire gravée à jamais. Une maman n’oublie jamais ces choses-là, celle qui atteignent sa chaire, son petit, son enfant. Les prises de sang et les divers examens se succèdent. Les infirmières sont très discrètes, je n’ai su à aucun moment jusqu’à l’accouchement que la situation s’était dégradée et que je ne rentrerais pas à la maison cette nuit-là.

J’attends que le médicament que l’on m’a administré fasse effet, la douleur est insoutenable. J’ai l’impression que mon ventre se décolle, je souffre. J’essaie de dormir, mais comment penser à autre chose ? Comment oublier que ta vie peut à tout moment basculer ? Comment oublier que bébé a peut-être mal?

Les infirmières décident de me monter à l’étage, celui ou les mamans attendent pour accoucher, on va voir l’évolution, je ne sais toujours pas ce qui m’arrive. Je patiente. Bébé est sous monitoring et je ne connais pas les résultats des analyses d’urine et de sang. L’infirmière toque à la porte et m’annonce que l’on va «me préparer». Me préparer à quoi ? Pourquoi ? Je ne dois accoucher que dans 3 mois ?

J’ai droit à une piqûre afin de faire maturer les poumons de bébé et je m’habille avec les vêtements appropriés pour un accouchement, je n’ai rien avec moi, pas de valise, pas de sac, pas de vêtement. Je pensais que j’allais juste voir mon bébé et entendre que rien n’est grave, comme les autres fois.

L’infirmière me rassure, enfin, elle essaie, on m’expliquant que c’est uniquement une précaution au cas où les choses ne s’arrangeraient pas.

Je suis alors enceinte de 29 semaines, pour moi, je ne peux donc pas accoucher avant d’être, comme toutes les mamans, comme toutes mes amies, enceinte de 9 mois. Pourtant, les choses se sont précipitées en l’espace de quelques minutes.

Une, puis deux infirmières, ont accourues dans ma chambre : – On y va madame, le cœur de bébé ne va pas bien ! Là, je tombe du 100ème étage ! Moi qui ignorais tout, ça va très vite. J’ai de l’albumine dans les urines, les prises de sang ne sont pas bonnes, la tension est à 22. Bébé ne tient plus le coup, son cœur ne résiste plus, le monitoring est donc mauvais.

Vite, vite, vite ! On y va ! Les dernières paroles de l’infirmière. Direction le bloc opératoire, mon médecin n’est pas encore arrivé, on me retire mes lunettes, je ne vois plus rien, j’entends juste, plus ou moins, je sens, je vois. Cela s’agite autour de moi, l’anesthésiste tente de me poser la péridurale, je sens couler dans mon dos du sang chaud, il n’y parvient pas.

On n’a pas le temps ! Ça va aller madame ! Ce sont les deniers mots dont je me souviennent.

Après, les médecins ont décidés une anesthésie générale, bébé n’était presque plus là.

Je n’ai  pas vécue ce plus beau jour, le plus beau moment de ma vie, celui que tous parents attendent. Je n’ai pas pris mon bébé sur moi, je n’ai pas entendue ces premiers cris ou sentis sa peau contre la mienne. Bébé est parti avec les infirmières et le pédiatre, enroulé dans une couverture chauffante.

Mon fils est né ce 12 novembre 2008. Il pesait 1kg180, mesurait 29 cm, il s’appelle Soufiane et c’est mon héro. Ma maman et mon époux ont vues passer Soufiane, dans cette couverture et ce moment les a marqués à tout jamais. Au premier regard, ils ont pensés que Soufiane était mort. Mais mon fils respirait, malgré ce qu’il venait de vivre, malgré que l’on pouvait presque voir ses os à travers sa peau si fragile, si faible, si transparente, il était là, il bougeait, il vivait.

Les heures qui ont suivis mon accouchement, je me suis réveillée tremblante, de froid et de peur. Ou est mon fils ? Comment va-t-il ? Les premières questions, les premières réponses : il va bien, il est vivant.

Le soulagement, toutes les mamans n’ont pas eu cette chance, n’ont pas vécues ce miracle. Un jour sans voir mon fils, sans le serrer contre moi, juste une photo avec tous ses fils et ses tuyaux qui l’aident à tenir le coup. Sur mon lit, on me monte te voir au centre néo-natal. Tu es si petit, tu es si beau, je n’oublierais jamais ton regard, tu as ouvert les yeux et tu m’as regardé. Tu m’as reconnue.

Maman, pourquoi je ne suis pas auprès de toi ? Pourquoi ai-je si mal ? Pourquoi tu ne m’allaites pas ? Pourquoi? Suite à la césarienne, marcher était plutôt douloureux, mais je devais me tenir debout pour venir te voir, je devais être là pour toi, la douleur physique laisse place à la douleur mentale. Celle de ne pas pouvoir dormir avec toi dans la chambre d’hôpital comme les autres mamans, celle de ne pas entendre tes pleurs, celle de ne pas pouvoir te serrer dans mes bras. Puis plus tard celle de rentrer à la maison sans toi.

Tu vas rester au centre néo-natal durant 3 longs mois. Tu subiras 2 opérations, une à seulement 3 jours de vie, car tes petits intestins n’ont pas eu le temps de terminer leurs développements. Oui, 29 semaines et demie c’est trop court, trop court pour que tous les organes de bébé soit totalement développés, alors le corps humain choisi : ou les poumons, ou le cœur, ou les intestins souvent.. Tu as très vite respiré seul, plus besoin de machine pour t’aider, mais tu restes cachés sous ces tuyaux qui sont plus lourds que toi, tu es dans cette petite boite transparente, qui reproduit le ventre de maman, il fait chaud, il fait sombre.

Tu t’accroches.

Après trois mois, de hauts et de bas, après des moments douloureux et d’autres plus réjouissants, des victoires et des défaites, tu as atteint le poids nécessaire à ta sortie, 2 kg 700. Tu respirait seul, tu savais téter, tu pouvais donc rentrer avec papa et maman et découvrir ta maison et ta famille.

Ce 12 novembre fût, comparé aux autres mamans, le pire jour de ma vie. Ce jour où j’ai failli te perdre.

Aujourd’hui, tu as 9 ans et tu es un petit garçon comme tous les autres, tu as le même poids et la même taille que tes camarades de classe et tu es et resteras à jamais mon héro.

Sabrina Di Marco.

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